Your cart is currently empty!
À New York, j’ai compris qu’on pouvait être soi-même et devenir avocat

À 31 ans, Mbeko Tabula s’est déjà imposé comme l’une des voix marquantes du barreau de Seine-Saint-Denis. Avocat pénaliste à Montreuil, il incarne une génération pour qui la robe noire n’est pas seulement un symbole d’autorité, mais un outil d’engagement, de représentation et d’excellence.
Son parcours n’a rien d’évident. Rien, dans son environnement familial, ne le prédestinait aux prétoires. Pourtant, très tôt, il développe une conviction : la parole peut changer le cours des choses. « Être avocat, c’est être utile. C’est peser dans une vie, parfois à un moment décisif », confie-t-il.
Une révélation new-yorkaise
À 17 ans, un voyage aux États-Unis agit comme un déclic. À New York, il découvre des avocats qui lui ressemblent — grands, noirs, assumant leur identité jusque dans leur apparence — et pourtant pleinement intégrés à l’institution judiciaire.
« J’ai compris que c’était possible. Que l’on pouvait porter la robe sans renoncer à qui l’on est », raconte-t-il. Une révélation qui l’accompagnera jusqu’à son serment, prêté en 2019.
Dans un imaginaire collectif encore étroit, voir un avocat noir occuper l’espace judiciaire avec assurance reste, pour certains, inattendu. Lui en a fait une force. Non par militantisme revendiqué, mais par exigence personnelle. « On n’a pas le droit d’être approximatif. Il faut être excellent. »
La langue comme ascenseur social
Si Mbeko Tabula excelle à la barre, c’est aussi parce qu’il a très tôt compris le pouvoir des mots. La littérature et l’art oratoire ont été ses premiers terrains d’apprentissage. « La parole, ça se travaille. On ne naît pas orateur, on le devient. »
Son goût pour la plaidoirie l’oriente naturellement vers le droit pénal, là où l’émotion, la technique et la conviction se rencontrent. Aux assises, chaque mot compte. Chaque silence aussi. Il revendique une approche presque théâtrale du métier, assumant la dimension scénique de l’audience : posture, respiration, rythme, regard.
Lauréat de la conférence nationale du grand serment en 2019, il s’est confronté à l’épreuve redoutée de l’improvisation face à ses pairs venus de toute la France. Un exercice de vérité, dit-il, où l’on ne peut tricher ni avec son stress ni avec sa culture.
Une victoire au-delà de lui-même
Cette distinction n’a pas seulement marqué une étape dans sa carrière ; elle a aussi envoyé un signal. Pour le barreau de Seine-Saint-Denis, pour les jeunes issus de quartiers populaires, pour tous ceux qui doutent encore de leur légitimité dans les professions juridiques.
Aujourd’hui premier secrétaire de la conférence nationale, mandat prolongé dans un contexte de crise sanitaire, Mbeko Tabula continue de plaider avec la même intensité. Il refuse l’idée d’un confort acquis. « Il y a toujours une meilleure formule, une meilleure défense, une meilleure façon de convaincre », affirme-t-il.
Dans un prétoire, l’éloquence ne suffit pas. Il faut de la rigueur, de la maîtrise du droit et une compréhension fine des enjeux humains. Mais lorsque la technique rencontre la puissance du verbe, la robe devient plus qu’un uniforme : elle devient une voix.
Et Mbeko Tabula en est l’une des plus prometteuses. New York a changé sa vision du métier.
Leave a Reply